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Entretien
Entretien avec Kathy Milsom : un bilan de sa présidence du CCN et des réflexions sur l’avenir de l’organisation

le 20 novembre 2020

Entretien avec Kathy Milsom : un bilan de sa présidence du CCN et des réflexions sur l’avenir de l’organisation

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Entretien
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Kathy Milsom a été présidente du Conseil canadien des normes (CCN) pendant deux mandats de trois ans. Elle a d’abord été nommée en mai 2013, puis s’est vu accorder un second mandat en novembre 2017. Forte de ses grandes qualités de chef et de sa vaste expérience, elle a encadré l’évolution du CCN au fil des ans pour assurer une excellente exécution de notre mandat et en faisant rayonner, au nom du CCN, les avantages et les retombées de la normalisation pour le Canada et la population canadienne. Kathy nous lègue des apports exceptionnels qui ont contribué à façonner notre organisation.

 

Q.
Au début de votre présidence, quels étaient vos objectifs?
R.

J’ai été DG de l’Office des normes techniques et de la sécurité pendant huit ans, donc je saisissais déjà les avantages et l’importance de la normalisation pour le Canada et la population canadienne. Mais j’étais aussi consciente de son énorme potentiel – encore inexploité – non seulement pour améliorer la sécurité et le bien-être des Canadiens et des Canadiennes, mais aussi pour accompagner les innovateurs et les secteurs d’activité et favoriser la prospérité et la création d’emplois au pays. J’espérais poursuivre et amplifier son rayonnement et son action, déjà solides.

 

Q.
Quel était selon vous le plus grand défi à relever lorsque vous avez pris vos fonctions en 2013?
R.

Je voyais deux grands défis. Premièrement, il fallait mieux faire connaître le CCN aux secteurs d’activité et aux experts techniques pour renforcer leur participation aux activités normatives afin que le Canada puisse façonner les normes, plutôt que de simplement les adopter. Deuxièmement, il fallait aider le gouvernement du Canada à saisir toute l’importance du CCN – une société d’État certes petite, mais dont l’action génère d’énormes retombées – et ainsi obtenir un financement adéquat et durable pour que notre organisme puisse exécuter son mandat.

 

Q.
Comment le CCN a-t-il évolué ces sept dernières années sous votre gouverne?
R.

La réputation du CCN a beaucoup grandi ces sept dernières années, au pays comme à l’international, ce qui nous a permis d’exercer une plus grande influence dans tous les aspects de notre mandat. Nous avons élaboré des plans d’entreprise ambitieux mais toujours réalistes et nous avons montré au gouvernement du Canada que des investissements relativement petits dans le CCN pouvaient rapporter gros. Nous avons également vécu une transition harmonieuse entre le DG de longue date, John Walter, et l’actuelle DG, Chantal Guay. Ce fut un plaisir de voir le CCN évoluer en une organisation où l’on accorde réellement de l’importance au moral des employés, à leur efficacité et à leur engagement. Au bout du compte, ce sont eux le moteur de notre action, et ils forment une équipe fantastique.

 

 

Q.
En août 2019, le CCN est devenu l’un des premiers organismes nationaux de normalisation à publier une stratégie quinquennale pour l’égalité des genres dans les normes, arrimée à la Déclaration sur les normes et l’élaboration des normes tenant compte des questions de genre de l’ONU. Quelle est l’importance des normes pour le progrès social?
R.

Cette question est vraiment d’actualité. Depuis que la pandémie a commencé à faire des ravages partout dans le monde, on observe que les femmes sont touchées de façon disproportionnée. Par exemple, on constate que les soignantes courent un plus grand risque que leurs collègues masculins de contracter la COVID-19 en raison d’équipements de protection individuelle mal adaptés. L’égalité des genres n’est pas qu’un droit fondamental, c’est aussi la pierre angulaire d’un monde pacifique, prospère et durable. En tant que présidente du conseil d’administration, je suis fière des actions inspirantes et concrètes que le CCN a posées et qu’il continue de poser en faveur de l’égalité des genres.

Le CCN a analysé les effets de la participation féminine aux travaux normatifs de 106 pays. S’appuyant sur des données probantes, il a observé que les normes ne protègent pas les femmes aussi bien que les hommes. Les résultats de cette étude, la première du genre, sont présentés dans son nouveau rapport, Quand la taille unique ne convient pas : pourquoi la question du genre est importante pour la normalisation. Les travaux du CCN suscitent un intérêt mondial. Il est essentiel de comprendre comment la normalisation touche les femmes pour mener une action solidaire.

Les normes sont porteuses de bienfaits pour notre société. Elles assurent l’efficacité des produits, des services et des procédés. Elles dynamisent la croissance économique, facilitent le commerce et favorisent la santé et la sécurité. En veillant à ce que les normes tiennent compte des questions de genre, les acteurs de la normalisation pourront amplifier les avantages des normes pour tout le monde.

 

Q.
Récemment, on annonçait l’adoption de la proposition canadienne de norme de système de management de l’intelligence artificielle (IA), ISO/IEC 42001, premier dispositif d’évaluation de la conformité du domaine. Qui plus est, une employée du CCN, Marta Janczarski, a été nommée rédactrice de projet. Elle secondera Paul Cotton, qui pilote le Groupe de travail sur les normes fondamentales. Quels avantages y voyez-vous pour le Canada et la population canadienne?
R.

L’intelligence artificielle est une question qui m’intéresse depuis longtemps, sur les plans personnel et professionnel. Elle touche à tout, mais la plupart des gens n’en sont pas conscients. Elle recèle un potentiel énorme, mais elle présente aussi des risques à ne pas négliger. J’ai eu la chance d’assister à une réunion du comité technique ISO/IEC qui réunissait quelques-uns des plus grands experts en IA du monde. Deux choses m’ont interpellée : le véritable rôle d’impulsion joué par des experts canadiens comme Paul Cotton, Frank Rudzicz et Marta, et le décalage important entre la normalisation et l’intelligence artificielle. La réunion m’a aussi permis d’apprécier les vastes connaissances et compétences de Marta. Quelle chance de la voir occuper un poste international si important, surtout dans un domaine aussi crucial et prometteur pour le Canada!

 

Q.
Selon vous, quels seront les plus grands chantiers du CCN ces dix prochaines années?
R.

Le monde évolue rapidement, et la normalisation et l’évaluation de la conformité doivent emboîter le pas. Le Canada n’a jamais été aussi bien positionné pour exercer son influence à l’international. Il jouit d’un grand respect et compte des représentants, voire occupe des postes de direction, dans toutes les principales organisations internationales. La nomination de notre DG, Chantal Guay, au Conseil de l’ISO constitue une belle occasion pour favoriser une action positive autour de l’inclusion et de l’adéquation dans le monde de la normalisation. En façonnant les normes, le Canada peut exercer une influence au-delà de ses frontières et modeler l’avenir en fonction de ses valeurs et de ses intérêts. Le CCN peut veiller à ce que les intérêts canadiens soient bien représentés et aider le pays à se mettre à la pointe de domaines importants comme l’intelligence artificielle, l’économie circulaire et le cannabis. Il lui faudra aussi faire valoir les avantages et l’importance de la normalisation pour l’avenir de notre société. La normalisation joue un rôle de premier plan dans la riposte à la pandémie, mais je suis certaine qu’elle peut jouer un rôle encore plus grand dans la relance économique et la lutte contre les changements climatiques.

 

Q.
En cette fin de mandat, quelle est votre plus grande fierté?
R.

Je suis extrêmement fière de l’équipe du CCN et de sa capacité d’être très performante malgré sa taille modeste. Mes félicitations à Chantal et aux autres cadres dirigeants pour l’attention accordée à l’engagement des employés et à l’innovation. Je suis fière aussi de faire partie d’un conseil d’administration si efficace.

 

Q.
Quelle a été votre expérience la plus mémorable en tant que présidente du CCN?
R.

J’ai assisté à l’Assemblée générale de l’ISO au Cap en 2019; c’était une première pour moi. J’ai pu alors constater que nos délégués canadiens étaient très respectés, ainsi que l’importance des bonnes relations que nous entretenons avec les autres organisations nationales pour faire avancer les intérêts canadiens.

 

Q.
Quels conseils donneriez-vous à votre successeur?
R.

Pour faire suite à ma réponse précédente (et particulièrement si cette personne n’est pas un acteur chevronné de la normalisation), je l’encouragerais à participer à une assemblée générale au début de son mandat. Mais plus important encore, et vu que le CCN est un organisme très performant, je lui conseillerais de continuer d’axer l’action du conseil d’administration sur les questions stratégiques (plutôt qu’opérationnelles) et de créer un environnement où les membres du conseil peuvent avoir des échanges constructifs et bien soutenir la direction.

 

Le conseil d’administration du CCN relève du Parlement par l’intermédiaire du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie. Il est responsable de l’encadrement stratégique du CCN, demande des comptes à la haute direction concernant l’exécution du mandat du CCN et l’atteinte des objectifs de l’organisme et s’assure que les grands risques sont bien cernés et atténués. Il joue aussi un rôle névralgique dans l’orientation stratégique de l’organisme et assure l’alignement sur les priorités du gouvernement du Canada.

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