Click here for menu Menu design element

Un monde de possibilités à votre portée.

Entretien
Entretien avec John Walter, ex-président de l’ISO et ancien directeur général du CCN

le 1 décembre 2020

Entretien avec John Walter, ex-président de l’ISO et ancien directeur général du CCN

Diffuser la page Diffuser
Entretien
Decorative image

John Walter est l’un des plus importants dirigeants canadiens de la normalisation. Il cumule plus de 25 ans d’expérience du domaine, dont plus de dix ans au Conseil canadien des normes (CCN) et à l’Organisation internationale de normalisation (ISO). Il entre dans la sphère normative en tant que sous-ministre adjoint responsable de la réglementation encadrant la sûreté des appareils de levage, des chaudières et des appareils à pression, des combustibles et des manèges au gouvernement de l’Ontario. Il s’appuie alors sur les normes nationales et internationales de l’Association canadienne de normalisation (CSA), de l’ISO et des organismes de normalisation états-uniens. Nommé ensuite vice-président de l’élaboration des normes à la CSA, M. Walter participe activement aux comités consultatifs du CCN. De 2009 à 2018, il occupe le poste de directeur général du CCN et représente le Canada au Conseil et auprès du Bureau de gestion technique (TMB) de l’ISO. En 2014, il est nommé à la vice-présidence (questions de politique) de l’ISO. Trois ans plus tard, il est élu président de l’ISO : il exécute son mandat de 2018 à 2019.

Q.
C’est en 1972 que le CCN occupe pour la première fois un siège au Conseil de l’ISO. Comment les relations entre le CCN et l’ISO ont-elles évolué depuis?
R.

Je ne crois pas que les fonctions aient changé : elles ont simplement été bonifiées, renforcées et consolidées.

Les relations du CCN avec l’ISO sont ancrées sur des bases très solides. Avant la création du CCN, la CSA représentait le Canada à l’ISO, et c’est grâce à son action que le CCN a tout de suite été accueilli aux réunions et aux comités de gouvernance.

Je pense que les relations entre le CCN et l’ISO ont simplement continué d’évoluer. Depuis 50 ans, le Canada fait figure de facilitateur, d’intermédiaire à l’ISO : un pays capable de forger un consensus à partir d’opinions divergentes. On lui demande souvent d’assumer des fonctions que d’autres pays ne sont pas en mesure de remplir.

Les représentants canadiens au sein des comités de gouvernance, des comités techniques, des sous-comités et des groupes de travail de l’ISO ont toujours répondu présent et fait bien plus que leur devoir. Leurs actions confortent la réputation du Canada en apportant des solutions à l’échelle mondiale.

Q.
Comment la participation du CCN au Bureau de gestion technique de l’ISO renforce-t-elle la normalisation internationale?
R.

Le Bureau de gestion technique de l’ISO (TMB) est le comité responsable du programme d’élaboration des normes. Il est composé de représentants du monde entier qui s’emploient à établir et à maintenir des normes internationales optimales.

Au fil des ans, le Canada a souvent siégé au TMB. Je suis fier de dire qu’à ma connaissance, le Canada n’a jamais défendu un programme exclusivement national. Je crois que notre pays a toujours cherché à trouver des solutions pour faire œuvre utile dans le monde entier plutôt que dans une région particulière. Cette réputation entraîne aussi des responsabilités. Ensemble, les membres du TMB font progresser les travaux de l’ISO, ce qui représente une grande responsabilité.

Q.
Quels avantages présente la participation du CCN au Comité pour l’évaluation de la conformité de l’ISO pour les secteurs d’activité canadiens?
R.

Pour les secteurs d’activité canadiens, le Comité pour l’évaluation de la conformité (CASCO) de l’ISO est le sésame qui ouvre les marchés étrangers. Les dispositifs régionaux et internationaux d’accréditation et de certification soutenus par le CASCO sont très importants pour le déploiement d’un système complexe de normes et d’exigences de certification dans le monde entier.

Les collaborations entre le CCN et le CASCO sont très productives. L’économie canadienne est petite et tributaire des échanges commerciaux. Le Canada ne pourrait pas vendre ses produits et services sans les faire conformer aux exigences d’autres pays et aux normes internationales.

L’adhésion au CASCO permet au Canada de découvrir les éventuelles modifications du programme d’évaluation de la conformité. Les secteurs d’activité du pays peuvent donc s’adapter pour faire concurrence à armes égales sur la scène mondiale.

Q.
Vous êtes une personnalité canadienne très en vue de la normalisation internationale. Quelles sont les réalisations de votre mandat présidentiel à l’ISO qui vous rendent le plus fier?
R.

Je suis très fier d’avoir pu représenter le Canada et faire rayonner l’ISO dans le monde entier. De mon élection jusqu’à la fin de mon mandat, j’ai visité de nombreux pays et contribué à rendre le langage normatif compréhensible pour les responsables nationaux et les dirigeants d’entreprise. À mon avis, le plus grand défi pour le CCN, l’ISO et les autres organismes de normalisation, c’est que leur action est méconnue dans les sphères nationales. Le grand public n’est pas conscient de l’importance des normes.

Ce que j’ai toujours trouvé fascinant, c’est qu’après une demi-heure de conversation avec des dirigeants des secteurs public ou privé, ils m’interrompaient pour me dire : « Eh bien, c’est incroyable, pourquoi n’ai-je pas su ça bien avant? » Pour moi, cette réaction, que j’ai pu observer partout dans le monde, est une réussite. Les grands pays (la Russie, le Brésil, la Chine) comme les petits (l’Équateur, le Costa Rica, la Nouvelle-Zélande), tous ont bien accueilli le message de l’ISO.

Q.
Quel est l’effet de la participation canadienne au sein des instances de gouvernance et de politique de l’ISO sur l’innovation et le commerce international?
R.

La participation canadienne aux processus de gouvernance de l’ISO apporte une perspective unique. En effet, notre pays est imaginatif, novateur, progressif. Les universités, les secteurs d’activité et d’autres filières canadiennes avancent beaucoup de nouvelles idées. Le Canada propose souvent des solutions novatrices et possède l’expertise nécessaire pour les faire valoir dans le monde entier.

Le CCN a toujours su rassembler des groupes disparates. Nous n’assistons pas à une réunion pour diviser et conquérir. Le Canada n’érige pas de murs, il bâtit des ponts.

Q.
Le CCN collabore avec un vaste réseau d’organismes de normalisation régionaux comme la Pan American Standards Commission (COPANT) et le Pacific Area Standards Congress (PASC). Comment ces relations font-elles progresser les priorités stratégiques du Canada?
R.

Vu que le Canada est un pays relativement petit sur le plan économique, il est très important qu’il continue à tisser des maillages à l’international. Nous avons besoin de normes et de systèmes d’évaluation de la conformité justes et équitables qui nous permettent non seulement de survivre, mais de prospérer sur le marché mondial.

Quand nous avons besoin d’aide, nous pouvons faire appel à notre vaste réseau de partenaires, par exemple si nous avons une priorité stratégique que nous voulons faire valoir au TMB ou avec le processus de gouvernance du Conseil de l’ISO.

Q.
Avez-vous des conseils pour la prochaine génération de professionnels de la normalisation?
R.

Le monde évolue. Les réunions en présentiel sont limitées. L’ISO et l’IEC ont dématérialisé presque toutes les réunions. Le défi pour les jeunes professionnels est de promouvoir de nouveaux moyens de collaboration.

Les jeunes professionnels devraient également demander à l’ISO et au CCN de se concentrer sur les normes qui revêtent la plus grande importance pour la société. S’agit-il des normes qui touchent les changements climatiques, la gestion des pandémies, la distribution des ressources, la qualité de l’eau, les approvisionnements alimentaires? À mon avis, nous devons nous concentrer sur les normes les plus utiles à l’échelle planétaire.

Q.
Les normes et l’évaluation de la conformité sont essentielles pour préserver la fiabilité et la qualité des biens et des services. Pouvez-vous nous parler de l’importance de la normalisation en période de COVID-19?
R.

La pandémie a beaucoup fait ressortir la nécessité d’établir des normes et d’évaluer la conformité. Sans elles, notre société s’effondrerait. Pensons aux normes encadrant la certification d’équipements de protection individuelle comme les masques. Sans elles, que ferions-nous? Nous nous couvririons le visage avec ce que nous aurions sous la main.

Pensons aussi aux soins de longue durée au Canada. Si je ne me trompe, plus de 80 % des décès attribuables à la COVID-19 sont survenus dans les foyers de soins de longue durée. Avec des normes de soins et des processus de conformité adéquats, combien de ces vies auraient été sauvées? Nous avons besoin de la normalisation pour protéger les personnes vulnérables. Nous avons besoin des normes pour protéger les travailleurs de première ligne.

Q.
Quel sera le rôle du CCN dans la normalisation dans 50 ans?
R.

Le rôle du CCN dans les 50 prochaines années pourrait ne pas être très différent de celui qu’il a joué ces 50 dernières années. Je ne peux imaginer meilleur mandat pour un organisme que de continuer à faire honneur à la réputation qu’il s’est forgée.

Je crois fermement que les normes nous rapprochent. Nous devons orienter nos activités davantage vers les questions qui nous importent le plus. J’espère donc que le CCN privilégiera les normes qui apportent le plus grand bénéfice à la population canadienne et au monde entier.

Mots clés :