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Entretien
Égalité des sexes et normalisation : un entretien avec Michelle Parkouda

le 8 mars 2021

Égalité des sexes et normalisation : un entretien avec Michelle Parkouda

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Entretien
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Q.
Quel est le lien entre la normalisation et l’égalité des sexes?
R.

Les normes établissent les procédures qui régissent l’exécution, la mise à l’essai ou la désignation de quelque chose. Parfois appelées « infrastructures invisibles », elles sont omniprésentes : leur influence rejaillit sur les produits, les processus et les services que nous utilisons quotidiennement. Or, il est de plus en plus admis que dans leur forme actuelle, les normes perpétuent les inégalités sexistes. La Déclaration sur les normes et l’élaboration des normes tenant compte des questions de genre de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) a d’ailleurs reconnu que les femmes sont sous-représentées dans l’élaboration des normes et que cette sous-représentation n’est pas sans conséquence. Par exemple, si l’on ne tient pas compte des différents besoins de chaque sexe, les femmes ne pourront pas profiter pleinement de la normalisation. Un plus grand souci de l’égalité des sexes dans le milieu renversera cette situation, notamment en améliorant la santé et la sûreté des femmes, ainsi qu’en leur permettant d’utiliser plus efficacement des produits, des procédés et des services adaptés à leurs besoins.

 

Q.
La Journée internationale des femmes 2021 se déroule sous le thème #choisirdecontester. Que fait le CCN pour contester les préjugés et les inégalités sexistes?
R.

Signataire de la déclaration de la CEE-ONU, le CCN a été l’un des premiers organismes nationaux de normalisation à élaborer et à dévoiler publiquement sa stratégie de normalisation adaptée aux genres. Pour le CCN, il importait grandement d’appuyer la signature de la déclaration par des mesures concrètes. En fait, grâce aux mesures qu’il a prises, on reconnaît de plus en plus qu’il donne des impulsions dans la normalisation autour de cet enjeu. L’ampleur du défi et l’importance de cette action ont conduit le CCN à prendre des mesures concertées. À l’interne, l’un des objectifs organisationnels est d’augmenter le nombre de Canadiennes siégeant aux comités techniques. À l’échelle nationale, le CCN utilise le système de normalisation pour lutter contre les préjugés et les inégalités sexistes dans le cadre du Défi 50-30 du gouvernement du Canada. Enfin, à l’échelle internationale, il dirige l’élaboration de lignes directrices à l’ISO/IEC et à la CEE-ONU sur la prise en compte des questions de genre dans la normalisation.

 

Q.
Le rapport de recherche du CCN, Quand la taille unique ne convient pas : pourquoi la question du genre est importante pour la normalisation, suscite de plus en plus d’intérêt. Pourquoi l’étape de recherche est-elle aussi importante?
R.

En tant que chercheuse, je veux voir les faits, les données. Souvent, en poussant nos recherches, on constate qu’un discours ne colle pas tout à fait à la réalité. Voilà pourquoi il est aussi important de nous pencher concrètement sur la question lorsque nous disons que les « normes ne sont pas adaptées aux différences entre les sexes ». C’est ainsi que nous saisirons les problèmes d’adaptation, les antécédents et les conséquences.

Lors de nos recherches, nous avons mesuré le taux de participation des hommes et des femmes à nos comités parallèles de l’ISO/IEC, mesurant ainsi l’étendue de la sous-représentation des femmes. Notre travail en amont pour repérer les normes qui s’inscrivent dans l’ODD 5 – l’objectif d’égalité des sexes de l’ONU – nous a permis de constater qu’il n’y en avait pas beaucoup. Nous avons ensuite effectué une étude internationale montrant le lien entre normalisation et décès accidentels. Nos recherches confirment des données empiriques et des recherches dans certains secteurs montrant que la normalisation protège mieux les hommes que les femmes.

La collecte de données nous permet de suivre le progrès. Et c’est en mesurant les répercussions que nous pouvons commencer à quantifier l’ampleur du problème. C’est une chose d’ignorer des anecdotes et des études de cas; c’en est une autre de balayer du revers de la main un argumentaire convaincant basé sur nos recherches ajoutées à d’autres. De plus, nous avons constaté que d’autres organismes de normalisation nationaux se sont appuyés sur nos recherches pour leurs propres initiatives d’égalité des sexes. Elles comblent sans aucun doute une lacune, un besoin.

 

Q.
Quelles sont les prochaines étapes? Des projets intéressants à l’horizon?
R.

Nous devons respecter nos engagements et poursuivre notre lutte contre les préjugés et les inégalités sexistes. On estime qu’à l’échelle mondiale, les pays mettront en moyenne 200 ans à atteindre l’égalité hommes-femmes. La COVID-19 a repoussé cette cible encore plus loin; en effet, selon McKinsey, les pertes d’emploi liées à la pandémie sont 1,8 fois supérieure chez les femmes que chez les hommes. La durée de ce revers reste à voir. La normalisation peut faire partie de la solution, mais pour cela, cette action ne doit pas être un feu de paille ni dépendre de la direction ou des employés actuels du CCN. Pour reprendre une expression surutilisée, cela doit devenir à perpétuité la nouvelle réalité. Il faut l’intégrer aux systèmes et à la culture.

Nous devrons continuer à recueillir des données et à mener des recherches mettant en lumière la façon dont les normes peuvent combattre les préjugés et les inégalités sexistes ainsi que leurs répercussions. Nous utiliserons également des outils de normalisation pour promouvoir le changement de manière plus générale au Canada. Le CCN est heureux de collaborer avec le gouvernement du Canada au Défi 50-30 visant à faire progresser l’égalité et la diversité dans les organisations canadiennes. Les recherches ont démontré à répétition que tous profitent de l’égalité et nous avons hâte de faire progresser l’égalité et le bien-être global avec une normalisation consciente de cet enjeu.

Q.
De quoi êtes-vous le plus fière dans votre travail au CCN?
R.

À titre de gestionnaire, Recherche au CCN, j’encadre des recherches qui font valoir les apports économiques et sociaux de la normalisation. Par le passé, les recherches autour de la normalisation s’attardaient surtout à en démontrer les avantages économiques. Ces travaux ont leur importance et il faut les poursuivre, mais en tant que psychosociologue, j’accorde une place privilégiée à l’aspect social des normes. C’est très intéressant de constater le dynamisme de la normalisation et les possibilités qu’elle ouvre pour s’attaquer à des questions sociales épineuses. Personnellement, le fait de contribuer à ce travail, de quelque façon que ce soit, me procure une immense satisfaction.

 

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